Taux de mortalité par tranche d'âge, causes principales et facteurs de longévité : ce que disent les études scientifiques sur la mortalité féline. Et ça donne de bons repères quand on doit s'occuper de chatons et de chats.

On s'est penchés sur la question de la mortalité des chats et chatons, car on vient d'avoir une expérience très désagréable : sur cinq chatons récupérés, un seul à survécu. Alors, c'est entendu, les chats qu'on récupère comme ça c'est très souvent des chats mal en point, mais tout de même ! On a trouvé des études publiées dans des revues vétérinaires, Journal of Feline Medicine and Surgery, programme VetCompass, et surtout travaux de Sylvie Chastant‑Maillard de l'Université de Lyon, chez qui on a pompé pas mal d'infos (merci !)

Comprendre la mortalité du chat

Comprendre la mortalité du chat — Mortalité du chat et des chatons, et comment bien gérer
Chatons blottis les uns contre les autres. Nouveau-nés orphelins. Source : Bracq Marjorie

La mortalité des chatons est un sujet rarement abordé, normal, c'est pas super glamour. C'est pourtant fondamental pour savoir à quoi s'en tenir, ne pas se faire des films et surtout, ne pas à se mettre à pleurer et paniquer parce que des chatons meurent, c'est "normal". En France, on recense environ 15 millions de chats domestiques, dont une grande partie vit en extérieur, exposée à des risques bien supérieurs à ceux des chats d'appartement : en clair, les routes, les outils agricoles, et les bastons entre matous. En parlant des combats de chats, ce ne sont pas les échanges qui ne sont jamais mortels, les chats ne se battent jamais à mort, mais les infections consécutives, elles, sont mortelles.

Les données publiées depuis genre ces vingt dernières années permettent de dresser un tableau statistique qui pose les choses : la mortalité varie considérablement selon l'âge, le mode de vie (intérieur ou extérieur), le statut reproducteur, la couverture vaccinale et la qualité de l'alimentation. Mais surtout, l'âge et les maladies. Et de la rencontre avec de gentils bénévoles :)

Les 8 premières semaines : la période la plus vulnérable

Les 8 premières semaines : la période la plus vulnérable — Mortalité du chat et des chatons, et comment bien gérer
Chaton mort à 24 heures

La mortalité juste après la naissance et pré-sevrage est la plus élevée de toute la vie du chat. Les études estiment que 15 à 27 % des chatons meurent avant l'âge de 8 semaines, tous contextes confondus (chats errants, fermes, élevages).

Le syndrome du chaton dépérissant (Fading Kitten Syndrome)

Le syndrome du chaton dépérissant désigne l'incapacité d'un chaton à se développer correctement pendant la période entre la naissance et le début de sevrage, que se soit avec la mère ou au biberon. Cette période dure environ quatre semaines et correspond au moment où le chaton est le plus vulnérable aux maladies, et où il faut être attentif. En vrai, si tout se passe bien, on peut commencer à respirer au bout de trois semaines si tout se passe bien.

Le syndrome du chaton dépérissant est une urgence vétérinaire.

Si certaines causes peuvent être traitées avec succès, l'état du chaton peut se détériorer rapidement ; une intervention rapide est donc indispensable. Ce n'est pas toujours possible : de nos chatons morts, l'un est parti dans l'heure, les trois autres dans la nuit. Je pense qu'on a rien à regretter, même si c'est tristoune.

Symptômes du syndrome du chaton dépérissant

Les chatons qui ne franchissent pas les étages de développement (c'est assez standard d'un chat à un autre) peuvent souffrir du syndrome du chaton décroissant. Parmi ces étapes, on peut citer : 

La capacité de se retourner sur le ventre au troisième jour après la naissance : on met le chaton les pates en l'air; s'il se retourne c'est ok.

La capacité de se tenir debout à l'âge de deux semaines : On lui demande pas de marcher, juste de tenir son équilibre.

Des bruits constants indiquant une détresse (comme des gémissements ou des pleurs), même après le repas. C'est pas normal : à cet âge-là, après le biberon ça pionce profond. Et souvent ça ronronne.

Le pire, c'est la léthargie qui s'aggrave progressivement : le chaton perd son tonus, il bouge à peine : un chaton qui ne tète pas dans les 2 premières heures ou qui perd plus de 10 % de son poids de naissance présente un pronostic sombre.

De 2 mois à 1 an : les risques de l'adolescence féline

De 2 mois à 1 an : les risques de l'adolescence féline — Mortalité du chat et des chatons, et comment bien gérer
Ce diagramme compare le taux de mortalité entre les chats de race (en bleu) et les chats "Européens" en orange : on remarque tout de même que les chats européens ont plus de risques de se faire mal.

Une fois le sevrage passé, la mortalité diminue franchement, c'est une période super sympa. On voit le chaton grandir, découvrir le monde. Cela dit, la mortalité reste plus élevée que chez l'adulte, mais souvent chez les garçon, pour des histoires de virilité : la maturité sexuelle chez le chat garçon est environ vers les 6 à 8 mois. Et évidemment, c'est une source d'agressions et d'embrouilles. Comme on disait plus haut, ce n'est pas les coups de griffes qui sont mortels, mais les infections qui suivent. Après les chats ne sont pas égaux suivant les races, mieux vaut être un bon vieux croisé : "la longévité des chats croisés ou de type européen serait plus importante que celle des chats de race avec des médianes de 14 ans pour les chats croisés et 12,5 ans pour les chats de race et avec des interquartiles respectivement de, 9,1 ans-17 ans et 6,1 ans – 16,4 ans" (O’Neill et al. 2015).

Mortalité par tranche d'âge : ce que disent les chiffres

Mortalité par tranche d'âge : ce que disent les chiffres — Mortalité du chat et des chatons, et comment bien gérer
Image réalisée avec l'IA

Les données ci-dessous synthétisent plusieurs études épidémiologiques (VetCompass UK, études ISFM, registres de cliniques vétérinaires européennes). Les taux sont des estimations pour des chats domestiques bénéficiant d'un suivi vétérinaire. On a eu envie de vous parler plutôt des chatons, mais faut aussi penser à la suite, que l'on voit dans ce tableau

Tranche d'âge Taux de mortalité estimé Causes principales
0 – 2 semaines 15-30 % Hypothermie, septicémie néonatale, malnutrition, malformations congénitales
2 – 8 semaines 5 – 12 % Fading Kitten Syndrome, infections virales, parasites intestinaux
2 – 12 mois 2 – 5 % Accidents (route, intoxications), maladies infectieuses avant vaccination complète
1 – 6 ans 0,5 – 2 % Accidents (chats extérieurs), FIV/FeLV, cancers précoces
7 – 10 ans 2 – 6 % Insuffisance rénale chronique (IRC), lymphome, hyperthyroïdie
11 – 15 ans 6 – 18 % IRC avancée, cancers (lymphome, carcinome), cardiomyopathie hypertrophique
15 ans et plus 20 – 35 % Défaillances organiques multiples, cachexie, démence sénile féline

Sources : O'Neill et al. (2015), VetCompass Programme, ISFM Senior Cat Guidelines (2020). Taux estimatifs pour chats domestiques avec accès aux soins vétérinaires ; les chats sans suivi médical présentent des taux nettement supérieurs.

Les facteurs qui prolongent la vie de votre chat (pensons à la suite)

Les facteurs qui prolongent la vie de votre chat (pensons à la suite) — Mortalité du chat et des chatons, et comment bien gérer
Docteur vétérinaire, docteur en sciences de la vie. Professeur à l’École nationale vétérinaire (Toulouse) (en 2014)

La longévité d'un chat n'est pas uniquement une question de génétique. Les études (toujours Sylvie Chastant‑Maillard) montrent que plusieurs facteurs comportementaux et médicaux influencent fortement l'espérance de vie.

Vie intérieure ou extérieure

C'est le facteur le plus déterminant. Les chats vivant exclusivement en intérieur ont une espérance de vie médiane de 12 à 18 ans, contre 5 à 8 ans pour les chats en accès libre à l'extérieur. Les risques extérieurs (accidents, combats, intoxications, maladies contagieuses) multiplient par 3 à 5 la mortalité toutes causes confondues. Après, ce sont des statistiques, chacun est capable de comprendre son environnement, de savoir s'il est très ou pas dangereux.

Stérilisation

La castration et la stérilisation réduisent le risque de cancers hormono-dépendants (tumeurs mammaires, adénome prostatique), mais surtout, diminuent les comportements à risque (fugues, bagarres) et allongent l'espérance de vie de 2 à 4 ans. C'est vrai pour le mâle, mais aussi pour la femelle qui en période de chaleur est prête à suivre le premier chat qui lui plait bien, et perd contrôle. Elle est une chate tranquille, mais pas dans ces périodes. Et parfois, ne retrouve pas le chemin de la maison.

Vaccination et antiparasitaires

La primovaccination contre la panleucopénie, le coryza et la leucose féline réduit significativement la mortalité avant 1 an. Les rappelsannuels et les traitements antiparasitaires réguliers maintiennent cette protection à l'âge adulte. C'est un grand classique. Alors ok, ça coute de l'argent, je sais bien que pour certaines familles c'est un effort, mais ça fait partie des deux trucs à faire : stérilisation et vaccination. Le reste, c'est bien, mais si vous pouvez pas, c'est compréhensible.

Alimentation et hydratation

Ceci concerne les chats agés. L'insuffisance rénale chronique (assez classique et première cause de décès chez le chat senior) est partiellement prévenue par une alimentation humide (favorisant l'hydratation), des apports protéiques adaptés à l'âge et un contrôle du poids. Les chats en surpoids présentent un risque augmenté de diabète, d'arthrose et de maladies cardiovasculaires.

Et juste pour comparer : âge du chat : comment le convertir en âge humain ?

Le fameux «multiplier par 7» ne fonctionne pas vraiment. La croissance féline est très rapide les premières années:

Un chat de 1 an équivaut à un humain de 15 ans

À 2 ans, il en aurait 24

À 10 ans, il correspond à un humain d’environ 60 ans

À 15 ans, à 76 ans

Au-delà de 20 ans, on parle d’un «centenaire»

Les risques de maladies pour les chats de race.

Les risques de maladies pour les chats de race. — Mortalité du chat et des chatons, et comment bien gérer
Pesée du chaton avec une balance de cuisine. Source : Wilborn, 2018

Certaines races de chats présentent des prédispositions génétiques à des maladies spécifiques, qui peuvent influencer leur espérance de vie et leur mortalité. Connaître ces vulnérabilités permet d'anticiper un suivi vétérinaire adapté.

Race Prédispositions génétiques ou héréditaires
Abyssin Cardiomyopathie dilatée (mâles prédisposés) • Amyloïdose • Syndrome hyperesthésique • Atrophie rétinienne progressive
American Shorthair Cardiomyopathie hypertrophique
Sacré de Birmanie Hypotrichose congénitale • Hémophilie B • Cataracte congénitale • Polyneuropathie distale du chat birman
British Shorthair Cardiomyopathie hypertrophique • Hémophilie B
Maine Coon Cardiomyopathie hypertrophique • Dysplasie de la hanche
Oriental Alopécie psychogène
Persan Cardiomyopathie hypertrophique • Hernie phrénopéricardique • Dermatophytose • Shunt porto-systémique congénital • Séquestre cornéen • Syndrome de Chédiak-Higashi • Maladie rénale polykystique • Urolithiases à oxalate de calcium
Ragdoll Cardiomyopathie hypertrophique
Devon Rex Hypotrichose congénitale • Myopathie héréditaire des Devon Rex
Siamois Cardiomyopathie dilatée • Persistance du canal artériel • Hypersensibilité alimentaire

Sources et références scientifiques

Sources et références scientifiques — Mortalité du chat et des chatons, et comment bien gérer

Étude universitaire :

Causes demortalité des chats (l’École Nationale Vétérinaire de Toulouse entre janvier 2010 et janvier 2020)

Étude rétrospective Miaille. ⟨dumas-03867166⟩

Pour les chatons, la thèse de BRACQ Marjorie

État des lieux des connaissances sur la période néonatale du chaton

Ces deux études sont en français, faut en profiter, c'est rare !


Revue de vulgarisation

https://www.depecheveterinaire.com

L'article de Taniana Pradel, vétérinaire

https://www.goodbro.fr/blogs/conseils-veterinaire-chat/age-chat-peut-vivre-tout-savoir-longevite-chat?srsltid=AfmBOoppEDTXJQwBRDOL_GchOuk7fxL-3CQtFGvFAdPm-EKiLpHw79Ue

L'auteur propose un taux de mortalité par races de chat

https://www.vetsaglik.com/fr/post/quelle-est-la-dur%C3%A9e-de-vie-des-chats-esp%C3%A9rance-de-vie-moyenne-des-chats-et-facteurs-influen%C3%A7ant

En bref : Principales causes de décès

En bref : Principales causes de décès — Mortalité du chat et des chatons, et comment bien gérer
Visite chez le véto de Kyro (2 semaines)

Néoplasies : 22 %

Affections uro-néphrologiques :18 %

Traumatismes :15 % (surtout chez les chats ayant accès à l'extérieur)

Causes infectieuses : 10 %

Causes cardiovasculaires : 8 %

IL y en a d'autres, mais ces cinq causes, c'est plus de 70 %.

Âge moyen au décès : 8,3 ans. Les causes traumatiques et infectieuses tuent jeune (3,3 et 3,9 ans en moyenne), les causes néoplasiques et endocriniennes touchent les chats âgés (11,8 et 12,6 ans).

Influence de la race : les chats de race sont plus touchés par les maladies cardiovasculaires et uro-néphrologiques que les chats "européens".

Influence du sexe : les femelles vivent en moyenne plus longtemps (9 ans contre 7,8 pour les mâles).

Influence de l'âge : chez les juniors (< 1 an) : traumatismes et infections. Chez les seniors (> 10 ans) : néoplasies (37 %)

Alimentation : une alimentationadaptée prolonge significativement la survie (+2,5 ans) et de maladies endocriniennes (+3 ans).

Cela dit, 61 % des chats sont euthanasiés. Principale raison : animal en fin de vie (52 %). Les néoplasies et causes neurologiques présentent le taux d'euthanasie le plus élevé.

Si on doit retenir en une ligne : alimentation de qualité, stérilisation et suivi régulier après 7 ans sont les leviers de prévention les plus efficaces sur la longévité féline.

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